La dépression peut-elle nous attraper ?

Ceci est ma participation au festival de la croisée des blogs, qui pour ce mois de septembre est organisé par Dominique Chayer du blog Choisir le Bonheur, sur le thème de la dépression.

Pour voir les conditions de participation, cliquer ici.

 

La dépression étant un sujet plutôt sensible et assez délicat à traiter,  cet article n’a aucune prétention de conseils à suivre ou de solutions pour s’en sortir. Il a pour seul but de poser un regard sur la dépression, qui se veut peut-être autre, et dans tous les cas, aussi bienveillant que possible.

Evidemment, pour certaines situations comme la dépression, une simple lecture a très peu de chance d’être suffisante pour aider réellement. D’un autre côté, si elle peut être un élément aidant ou déclencheur pour aller plus loin, alors c’est déjà ça de gagné.

On dit souvent que la clé de l’évolution passe par le changement de point de vue. C’est pas bête, car qu’est-ce qu’un problème si on ne le voit plus comme tel ?

 

Déprimer c’est quoi ?

En général quand on parle de dépression, on parle d’un état de tristesse énorme, on ne voit pas le bout d’un problème, on n’a plus goût à rien, on se sent sans valeur, il peut y avoir un sentiment de désespoir, de culpabilité, etc…, le tout, sans forcément le reconnaître consciemment.

Dans le langage courant, on dit « je suis déprimé ».

Et je trouve justement intéressant de creuser ce que nous dit le langage courant. Comment d’une certaine façon, il nous conditionne.

Etymologiquement,  « dépression » vient du latin « de » et « premere » impliquant une pression vers le bas. Une dépression est donc quelque chose qui presse, pousse vers le bas. Et si on est en dessous, ça peut être lourd.
Maintenant, on dit « je suis » déprimé.
Et en général on utilise « je suis » quand on s’identifie, à ce qui vient après.

Je suis un homme, une femme. Je suis grand, petit, etc… C’est un état en lien avec notre identité, notre nature intrinsèque. Quelque chose qu’on ne peut pas changer. Je suis comme ça, je suis ça, c’est mon identité.

Et quand on dit « je suis déprimé », inconsciemment, qu’est-ce qu’on fait ? On s’identifie à notre dépression. On devient la dépression, elle fait partie intégrante de notre nature. « Je suis » = la dépression, c’est moi.

Et là, ça devient beaucoup plus difficile de s’en séparer, parce-que ça voudrait dire que je dois changer de nature, que je dois changer d’identité, je dois être un autre moi. C’est même carrément impossible…

 

Changer de point de vue

Cette idée n’est pas de moi, elle est de Michael White, psychothérapeute australien (1947-2008), inventeur de l’approche narrative.

Il a remarqué que souvent, la personne et les problèmes sont confondus. On assimile la personne à ses problèmes. Et du coup ça devient beaucoup plus difficile de s’en séparer.

De là, en découle un point de vue qui peut paraître assez trivial, mais qu’on n’utilise pas forcément si souvent, qui est que : le problème n’est pas la personne. Il a une existence qui lui est propre, et il a un impact sur la personne.

On passe alors de : « je me définis par mon problème » : je suis dépressif, bordélique, timide, etc…
à : « le problème agit sur moi« .

Le problème et la personne deviennent deux entités différentes, de nature indépendante l’une de l’autre, avec l’une qui a un impact sur l’autre.
Ca devient alors moins difficile de s’en séparer.

Pour revenir à la dépression, on passe de « je suis déprimé » -je m’identifie à la dépression- à « je suis avec une dépression », un peu comme si c’était la dépression qui m’avait attrapée. La dépression devient alors extérieure à moi.

A quoi ça sert de le voir comme ça ? Allez-vous peut-être me dire.

En la positionnant comme une « entité » extérieure à soi-même, par ce simple changement de point de vue, on ne va plus chercher -inconsciemment- à changer son identité : passer de quelqu’un qui est dépressif à quelqu’un qui ne l’est pas, mais plutôt à se débarrasser d’un fardeau qui nous pèse.

On va plutôt s’orienter sur : comment je me suis fait attrapé par cette dépression, et qu’est-ce que je peux faire pour la relâcher ?
Car en final (sans aucune culpabilisation des personnes qui sont dans cette situation et en souffrent suffisamment), il n’y a que moi qui la maintient. Si je décide vraiment de la lâcher, alors elle part. Evidemment en général cela se passe de façon très inconsciente. C’est pour ça que se décrocher seul(e) d’une dépression est plutôt difficile.

 

Nous ne sommes pas seuls

Michael White, avec son approche narrative, va chercher à remettre la personne dans son histoire, en relation avec les gens.

Aujourd’hui, on est dans une culture où on pense en termes d’individu. On réagit à des normes.

En environ un siècle, on est passé d’une société collective où l’individu était réprimé et sanctionné sévèrement, à une société plus normative, autorégulée.
Au 19ème siècle, même si les conditions de travail étaient très difficiles, il y avait beaucoup plus de liens entre les gens.

Petit à petit, la culture est venue à l’individualisation. Les moyens de transport y sont aussi pour beaucoup. Il y a 100 ans, tout le monde habitait à +/-50km de chez ses parents.
Aujourd’hui, les villes sont bondées de monde, mais il y a de moins en moins de liens entre les gens. De plus en plus d’individualisation.

On demande de plus en plus aux gens d’être des individus toujours plus puissants, mais seuls. La personne est pensée comme si elle était coupée des autres, comme si elle était encapsulée.

Et quand on ne se sent pas bien, comme il y a moins de liens avec les autres, on va amplifier le problème car il n’y a rien qui nous fait sortir de notre état.

 

L’approche narrative

Dans nos histoires, on est en contact permanent avec des récits qui nous valorisent ou nous dévalorisent.

Certaines histoires, on n’arrive pas à y repenser. Probablement à cause de tous les ancrages négatifs associés, conscients ou pas.

Par contre, nos ressources vont être tout ce qu’on a vécu et dont on est fier : c’est notre trésor personnel.

L’approche narrative est une approche qui va aider à déconstruire l’histoire négative pour la relier aux expériences positives (et on en a forcément, même si la dépression nous bouche la vue), pour faire réapparaitre ces expériences positives. Elle va permettre de remettre la personne en relation avec son histoire, avec les gens importants pour elle.

En partant du récit d’une expérience, on va « tisser ». On va raccorder l’expérience et l’identité par les valeurs (valeur = ce qui est important pour moi, ce qui me pousse et me motive dans ma vie). En questionnant le récit, petit à petit, on va raccrocher notre identité, nos ressources, à notre histoire, notre vécu en lien avec notre entourage, car nos ressources n’ont de sens que parce-qu’elles sont en relation avec d’autres, reconnues par d’autres.

Pour en savoir plus sur l’approche narrative, voici une vidéo de Pierre Blanc-Sahnoun, un des précurseurs de cette approche en France. Elle est plus orientée entreprises, mais le fond reste évidemment valable pour d’autres problématiques dont celle qui nous concerne ici.

Vous avez envie de réagir par rapport à cet article, la vidéo, ou l’approche en général ? J’y répondrai avec plaisir dans les commentaires ci-dessous.

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